Posted in Journal de bord d'une nounou

Départ des parents et séparation, accueillir les émotions

Départ des parents et séparation, accueillir les émotions Posted on 26 octobre 2018Leave a comment

Ce soir, je viens garder Adam, 6ans. (tous les prénoms des enfants ont été modifié.) Il me connaît déjà car je l’ai gardé l’année dernière, ponctuellement, principalement les mercredis midi. Ce soir, ses parents sont de sortie. Nous dînerons tous les deux puis je l’accompagnerai se coucher.

Les parents sonnent le départ. “Adam on va y aller” annoncent-ils. Branle-bas de combat, Adam décolle du canapé. “Non ! J’veux pas. Papa, maman, restez.”

Vraisemblablement, il n’a pas envie qu’ils partent. Il a l’air inquiet. Son corps lui envoie des signaux “panique à bord, panique à bord.” Tous les warnings sont allumés. Papa et maman qui sortent, ça veut dire qu’il va se retrouver tout seul ! Sans papa, sans maman ! Mais pourquoi diable ils ne m’emmènent pas se demande t-il. La maman lui explique que quand il sera plus grand, ils l’emmèneront. Mais là c’est un spectacle pour adultes qui va se terminer tard.

Je ne sais pas exactement ce qu’il se passe pour lui. Mais je vois que leur départ provoque en lui une émotion. Je n’arrive pas bien à savoir quelle émotion est-ce la peur? la tristesse ? peut-être un peu de colère?

Les parents finissent par s’impatienter. Ils veulent partir. Adam tient sa maman par la main, la chemise, le manteau, bref tout ce qu’il peut attraper. Il sait qu’elle va partir mais cette perspective ne l’enchante pas du tout. La tension monte un peu du côté des parents et une certaine lassitude se fait sentir “Bon Adam, on va finir par se fâcher. Ça suffit maintenant. On y va.”

La porte se referme doucement sur Adam qui continue dans l’entrebâillement de la porte à réclamer ses parents. “Nooooon”. La porte à peine refermée, il éclate en sanglots.

Cette expression m’a toujours paru très juste et très imagée : “éclater en sanglots”. Quelque chose éclate dans le corps et les larmes jaillissent. Les larmes étaient trop nombreuses pour être contenues. Le corps semble dire : “bon, les gars, c’est trop lourd, c’est trop gros, on fait tout sortir. Évacuation ! Je répète évacuation ! Merci de laisser les vannes ouvertes.” Je trouve ça fantastique. Et mieux vaut laisser les vannes ouvertes, comme ça tout se passe rapidement. L’émotion s’exprime et on peut repartir faire de nouvelles activités. La tristesse est là pour nous parler d’une perte qu’on vient de vivre ou d’une déception.

Bon. Va falloir se la jouer finaude, je me dis. Vraisemblablement, Adam n’est pas du tout prêt à jouer tout de suite. Il est en train de vivre une émotion. Comment je peux l’accompagner au mieux ?

Je m’approche de lui. Je me baisse pour être à son niveau et lui demande :

“Tu es triste ? ”

“Oui.”

“Peut-être que tu as peur que tes parents ne reviennent pas?” J’essaie de savoir ce qu’il se passe en lui comme émotion.

“Mais moi, j’aime mon papa et ma maman” me répond-il sans cesser de pleurer.

“C’est normal Adam que tu aimes ton papa et ta maman. Et eux aussi, tu sais, t’aiment très fort.”

J’ai l’impression que la priorité ce n’est pas de s’épancher en discours mais plutôt de lui proposer un soutien et ma présence. Alors essayant de suivre ce qui me paraît le plus juste, je lui demande :

“Est-ce que tu veux un câlin?”

J’accompagne ma proposition d’un geste, et ouvre mes bras. Il fond dans mes bras. Je serre son corps encore frêle et tout jeune. Je suis touchée qu’il se sente suffisamment en confiance pour être dans mes bras. Il continue de pleurer dans mes bras. Le câlin terminé, je lui dis:

“Tu sais, ce soir je suis là rien que pour toi. C’est toi ma priorité. Je suis là pour jouer avec toi à ce que tu veux.”

Il m’écoute, ne dit rien. Je veux m’assurer que son émotion est partie, et qu’il est rassuré alors je lui demande :

“Est-ce que tu veux encore un câlin ?”

Sans rien dire, il s’est approché et s’est mis dans mes bras. Puis ça y est, c’était bon. La tristesse, la peur s’était envolée. Il n’avait qu’une idée en tête. Jouer. Les pieds bien dans le présent et le coeur léger.

“Bon, tu viens, on va lire le livre que maman m’a acheté?” me dit-il d’un air malicieux.

Il n’est plus question de lambiner. Hop, hop. M’activer, être dynamique. Zou ! Adam m’attend comme partenaire de jeu. C’est parti pour une belle soirée. Je ne sais plus ce qu’on est parti faire. Lire un livre de jeu je crois. Mais les larmes ont cessé et ne sont pas revenues. Et Adam a parlé, parlé, parlé pendant le repas. Et on a beaucoup ri tous les deux.

Puis, l’heure du coucher venue, il s’est endormi très rapidement. Ce bon Morphée l’attendait bras grands ouverts. “Bienvenue mon petit Adam dans le monde de la nuit”, lui a t-il chuchoté. Mais Adam dormait déjà sûrement à poings fermés, pas sûr qu’il l’ai entendu, dans ses rêves peut-être …

A bientôt Adam,

Ta nounou

Credit photo Joel Overbeck on Unplash

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